Marchés financiers : en attendant la sortie de crise…

La douce euphorie qui a bercé les marchés actions après la chute de fin février/début mars semble bel et bien terminée. L’heure est aux incertitudes, à l’approche des élections améri­caines, dans un contexte économique et sanitaire pour le moins fébrile. Les cours vont-ils reprendre leur marche en avant ou connaître une nouvelle correction ?

Plus de peur que de mal. Les marchés actions ont connu un mois de septembre agité sur fond de regain d’inquiétudes sur les fronts sanitaire et économique. Sans pour autant sombrer. « Nous assistons à un retour de l’aversion au risque, constate Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France. Les fonds actions américains ont, par exemple, connu la troisième plus importante semaine de sorties de leur his­toire courant septembre. Cette situation tranche avec le mois d’août, qui fut très haussier pour les actions américaines, en particulier pour les va­ leurs technologiques qui ont surclassé toutes les autres classes d’actifs ».

 

CORRECTION

Finalement, le signal d’alerte est venu de ces mêmes valeurs de la « tech ». « Leurs valorisa­tions étaient déjà extravagantes avant la crise du Covid-19, explique l’économiste Véronique Riches-Flores. La flambée du mois d’août et des épiphénomènes, comme la chute du cours de Nikola Corporation (start-up spécialisée dans les camions électriques dont le président-fonda­teur a démissionné sur des soupçons de fraude, NDLR), ont mis en évidence l’existence d’un marché hyper-spéculatif ».

« La correction  qui a débuté début septembre a ramené les cours à leur niveau de fin juil­let, signe que ce rallye boursier n’aurait pas dû avoir lieu », complète Alexandre Baradez. Mais pourquoi la baisse des cours a-t-elle fini par se propager sur les marchés européens ?

« 1. L’épidémie de Covid-19 ; 2. Des indicateurs économiques décevants, qui ont fini parsemer le doute; 3. Des banques centrales, qui ont déjà fait énormément, dont on ne peut pas attendre beau­ coup plus à brève échéance », résume Véronique Riches-Flores.

 

MARCHÉS PRIS EN ÉTAU

À quoi faut-il s’attendre maintenant ? Désormais, les marchés semblent comme pris en étau entre les politiques monétaires accommodantes des banques centrales d’un côté, qui contiennent la baisse des cours, et les craintes de l’évolution  de la pandémie de Covid-19 de l’autre, qui font planer des menaces sur la vigueur de la reprise, ce qui est de nature à réfréner l’entrain des ache­teurs. « Le soutien des banques centrales est res­ té globalement inchangé : elles n’ont modifié ni leur rhétorique, ni leur présence, ni leurs actions, observe Alexandre Baradez. Pour les marchés, le bruit de fond des politiques monétaires n’est pas désagréable, mais insuffisant pour alimenter l’op­timisme. Les investisseurs se préoccupent davan­tage de la situation sanitaire et de l’essoufflement de la reprise économique ». Bref, la balance pèse plutôt en faveur de la baisse ces derniers temps.

« Le contexte de marché est de plus en plus faussé par la politique monétaire, ce qui ne veut pas dire que nous sommes exempts de risques d’accidents de parcours, complète Véronique Riches-Flores. Une baisse des cours de 15% est envisageable au cours des trois prochains mois ». En cause, une combinaison de facteurs sur le front économique.

« La crise a exacerbé des problèmes préexistants, souligne l’économiste. Le ralentissement structurel de la demande internationale et le surendettement des entreprises fragilisent les perspectives d’inves­tissement, et par voie de conséquence les gains de productivité ».

Alexandre Baradez voit davantage dans la cor­rection du mois de sep­tembre « une réplique du séisme de mars», que les prémisses d’un déclin durable. « Nous sommes probablement entrés, pour quelques trimestres, dans une phase latérale où la pression sanitaire sera plus forte que le sou­tien monétaire, sans phase de stress très intense. Je ne vois pas les indices retomber à leur niveau de mars».

Cela dit, à moyen terme, Véronique Riches-Flores se montre un peu plus optimisme. « Nous sommes tentés de considérer que l’épidémie sera maîtrisée à la fin de l’hiver. Dès lors que le terrain sera dégagé sur le plan sanitaire, les plans de relance pourront s’exprimer, même si nous ne savons pas encore qui en sera le chef d’orchestre aux États-Unis. Une fenêtre de reprise cyclique pourra alors s’ouvrir, of­frant aux investisseurs lopportunité de retenter le pari de la rotation sectorielle qui a échoué cet été». Tous les espoirs sont permis.

« Le marché est complètement polarisé, ce qui laisse du champ à la gestion d’active et à la sélection de valeurs ».

(Gilles Guibout, responsable des actions européennes AXA IM)

L'heure est toujours aux incertitudes sur les marchés financiers

ACTIONS EUROPÉENNES : VERS UNE ROTATION SECTORIELLE ?

La vive remontée des cours consécutive à la chute de fin février/début mars a-t-elle épuisé le potentiel de hausse des actions européennes à court terme ? Force est de constater qu’elle se paie globalement cher actuellement.

« Les multiples de valorisation se situent très largement au-dessus des niveaux moyens de longue période : les PE (ratio cours sur bénéfices, NDLR) à douze mois atteignent 17années de profits pour l’indice MSCIEurope 600, contre 13,5 à 14 historiquement, observe Gilles Guibout, respon­sable des actions européennes chez AXAIM. Ces multiples sont également supérieurs à ceux constatés en début d’année». Comment expliquer de tels ni­veaux ? « Tous les investisseurs sont à la recherche de rendements et vont les trouver sur les marchés actions, soit parce que certaines peuvent en­ core payer des dividendes, soit parce que les perspectives de croissance laissent entrevoir des espérances de gains futurs», analyse Gilles Guibout. Toutefois, pour ce dernier, « on peut observer que les multiples moyens à 12 mois sont quelque peu trompeurs : c’est un agrégat composé à la fois de valeurs délaissées se payant 7 à 9 fois leurs béné­fices et d’autres affichant de solides perspectives que les investisseurs sont prêts à payer de 25 à 40 fois leurs béné­fices. Le marché est complètement polarisé, ce qui laisse du champ à la gestion d’active et à la sélection de valeurs». Doit-on s’attendre à une grande rotation sectorielle, avec des flux de placement se déportant des valeurs de crois­sance à long terme vers des titres plus corrélés à l’évo­lution de la conjoncture ? S’il est peut-être un peu tôt, il faut s’y préparer. « Le contexte oblige à s’intéresser aux valeurs cycliques qui seront les premières à bénéficier d’un redémarrage de l’économie et des plans de relance en Europe, tout en sachant qu’il pourrait y avoir des faux départs. Nous nous intéressons, par exemple, aux secteurs des matériaux de construction, des équipements électriques ou encore des infrastruc­tures, qui devraient profiter du Green deal (le pacte vert européen, dont l’objectif est d’atteindre zéro émissions nettes de gaz à effet de serre en 2050, NDLR)».

Une maitrise rapide de l'épidémie de Covid-19 rassurera les investisseurs

VALEURS DE RENDEMENT

Dans un autre registre, Gilles Guibout ne se désin­téresse pas totalement du secteur bancaire, parmi les plus malmenés depuis le début de l’année 2020, notamment dans l’hypothèse d’une remontée des taux d’intérêt. « Il faut se montrer très sélectif, sou­ ligne-t-il. Les banques les plus solides vont bénéficier de la disparition des plus faibles. Elles ont accumulé beaucoup de capitaux et seront à nouveau en capa­ cité de payer des dividendes qui seront très élevés ».

En fond de portefeuille  Gilles Guibout, procède à une sélection de titres dans le secteur des télécoms.

« Les réalités locales sont très différentes d’un pays à l’autre. Des opérateurs comme Tele 2 en Scandinavie ou Deutsche Telekom en Allemagne sont soumis à une intensité concurrentielle un peu moindre qu’ail­leurs et n’ont pas de problématique de dette ou de gouvernance à gérer. Si leur croissance est faible, ils dégagent de fortes marges et disposent d’une capaci­té à faire croître leur résultat, même très légèrement, et à soutenir le paiement d’un dividende. Ils peuvent offrir un rendement de 4 ou 5%, ce qui est particuliè­rement attractif dans environnement de taux bas ». Globalement, le degré d’incertitude conduit AXA IM à conserver une poche de liquidités plus importante qu’à l’accoutumée. « Le niveau d’incertitude exige de faire preuve de mobilité. La position de cash de nos fonds est deux fois plus importante que celle sur longue période, entre 4 et 6% contre 2 à 3% en temps normal, ce qui met nos fonds en capacité de saisir des opportunités».

Analyse technique du CAC 40

Par Vincent Leclercq, de la société de gestion IDAM

« Le CAC se situe dans un large canal compris entre 4.700 et 5.100 points. Il évolue au gré des nouvelles économiques, sanitaires et politiques. Le marché n’a pas de visibilité suffisante pour choisir une direction. Néanmoins, nous restons positifs tant que nous restons au-dessus des 4.500 et nous pensons que l’indice va continuer d’évoluer dans ce canal de 4.700 à 5.100 points. Seule une cassure des 5.100 pourrait entrainer une nouvelle tendance haussière ».

 

Article issu du Mag 3AO n°60 d’octobre 2020